CHAPITRE PREMIER NOMBREUSES RENCONTRES

· Dieu merci, je ne m'étais pas rendu compte de cet horrible danger! dit Frodon d'une voix faible. J'avais mortellement peur, bien sûr, mais si j'en avais su davantage, je n'aurais pas même osé bouger. C'est miracle que j'en aie réchappé!

· Oui, la chance ou le destin vous ont aidé, sans parler du courage, dit Gandalf. Car votre cœur n'a pas été touché et seule votre épaule a été percée, et cela, c'est parce que vous avez résisté jusqu'au bout. Mais cela n'a tenu qu'à un fil, pour ainsi dire. Vous étiez le plus menacé pendant que vous portiez l'Anneau, car alors vous étiez vous même à demi dans le monde des spectres, et ils auraient pu vous saisir. Vous pouviez les voir, et ils pouvaient vous voir de même.

· Je sais, dit Frodon. Leur aspect était terrible! Mais pourquoi leurs chevaux nous étaient ils visibles à

tous?

· Parce que c'en étaient de vrais, tout comme les robes noires sont de véritables robes qu'ils portent pour donner une forme à leur néant quand ils ont à faire aux vivants.

· Alors, pourquoi ces chevaux noirs supportent-ils de pareils cavaliers? Tous les autres animaux sont terrifiés à leur approche, même le cheval elfique de Glorfmdel. Les chiens hurlent et les oies poussent des cris aigus après eux.

· Parce que ces chevaux sont nés et ont été dressés au service du Seigneur Ténébreux en Mordor. Ses serviteurs et ses animaux ne sont pas tous des spectres! Il y a des orques et des trolls, des ouargues et des loups-garous, et il y a eu il y en a encore de nombreux hommes, guerriers et rois, qui vont et viennent vivants sous le soleil et qui sont pourtant sous son empire. Et leur nombre croît de jour en jour.

· Et Fondcombe et les Elfes? Fondcombe est-il sûr?

· Oui, pour le moment, jusqu'à ce que tout le reste soit conquis. Les Elfes peuvent redouter le Seigneur Ténébreux et fuir devant lui, mais jamais plus ils ne l'écouteront ni ne le serviront. Et ici, à Fondcombe, vivent encore certains de ses principaux ennemis : les Sages Elfes, seigneurs de l'Eldar d'au-delà des mers les plus lointaines. Ils ne craignent pas les Esprits Servants de l'Anneaux, car ceux qui ont demeuré dans le Royaume Béni vivent en même temps dans les deux mondes, et ils ont grand pouvoir tant sur te Visible que sur l'Invisible.



· J'ai cru voir une forme blanche qui brillait et ne devenait pas indistincte comme les autres. Était ce donc Glorfindel?

· Oui, vous l'avez vu un moment tel qu'il est de l'autre côté: l'un des puissants des Premiers-nés. C'est un Seigneur Elfe, d'une maison princière. En fait, il existe pour quelque temps à Fondcombe un pouvoir de résistance à la puissance de Mordor: et ailleurs, résident d'autres pouvoirs. Il y en a aussi un d'une autre sorte dans la Comté. Mais tous ces endroits deviendront bientôt des îlots assiégés, pour peu que les choses continuent de suivre le cours qu'elles ont pris. Le Seigneur Ténébreux déploie toute sa force.

Néanmoins, dit-il, se dressant soudain, le menton en avant, tandis que sa barbe se faisait raide et droite comme du fil de fer hérissé, nous devons conserver tout notre courage vous serez bientôt rétabli si je ne vous tue pas de paroles. Vous êtes à Fondcombe, et vous n'avez à vous préoccuper de rien pour le moment.

· Je n'ai pas de courage à conserver, dit Frodon, mais je ne suis pas tourmenté à présent. Donnez-moi simplement des nouvelles de mes amis et racontez-moi la fin de l'affaire du Gué, comme je ne cesse de vous le demander, et je serai satisfait pour l'instant. Après cela, je ferai un nouveau somme, je pense, mais je serai incapable de fermer l'œil tant que vous n'aurez pas fini pour moi l'histoire.



· Gandalf approcha son fauteuil du lit et observa attentivement Frodon. La couleur était revenue au visage de celui ci et ses yeux étaient limpides, pleinement éveillés et conscients. II souriait et il semblait ne plus avoir grand chose d'anormal. Mais aux yeux du magicien, il y avait un léger changement, un soupçon comme de transparence en lui, et plus particulièrement dans la main gauche, posée sur le dessus de lit.

· «Mais il faut bien s'y attendre, se dit Gandalf. Il n'en a pas encore à moitié terminé et à quoi il arrivera en fin de compte, pas même Elrond ne saurait le prédire. Pas à du mal, je pense. II pourrait devenir comme un miroir empli de claire lumière pour les yeux capables de voir»

· Vous paraissez en pleine forme, dit-il à haute voix. Je vais me risquer à vous faire un petit récit sans consulter Elrond. Mais très brièvement, notez, après quoi, vous devrez vous rendormir. Voici ce qui s'est passé, à ma connaissance. Les Cavaliers se sont précipités tout droit à votre poursuite, dès votre fuite. Ils n'avaient plus besoin d'être dirigés par leurs chevaux, vous leur étiez devenu visible, étant déjà au seuil de leur monde. Et aussi l'Anneau les attirait. Vos amis bondirent hors de la route, sans quoi ils eussent été écrasés. Ils savaient que rien ne pouvait vous sauver, s'il n'était au pouvoir du cheval blanc de le faire. Les Cavaliers étaient trop rapides pour être rattrapés, et trop nombreux pour une opposition quelconque. À pied, même Glorfindel et Aragorn réunis étaient incapables de résister aux Neuf ensemble.

· «Quand les Esprits-Servants de l'Anneau sont passés en trombe, vos amis ont couru derrière. Tout près du Gué, il y a à côté de la route un petit creux, masqué par quelques arbres rabougris. Là ils allumèrent en hâte un feu, car Glorindel savait qu'une crue viendrait si les Cavaliers tentaient de traverser, et il aurait alors à se mesurer avec ceux qui pourraient rester de son côté de la rivière. Dès l'apparition de la crue, il se précipita au-dehors, suivi

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PREMIERE PARTIE

La communauté de l'anneau Livre II


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